La participation : Au cœur du projet des pensions de famille ?

Guillaume Testor – Yan Rioux

Résumé

Le nombre de personnes en situation de grande précarité économique et social ne cesse d’augmenter. A cela s’ajoute la baisse des budgets sociaux qui amène les institutions à aborder l’accompagnement de ces personnes dans une logique de court terme, alors que la mise en œuvre d’une organisation participative aux seins de lieux de vie collectifs exige d’avoir du temps a y consacrer. Les travailleurs sociaux se retrouvent tiraillés entre une l’obligation d’une prise en compte de la personne, de ses besoins, de ses rythmes et une demande institutionnelle d’être efficace et rentable. C’est à partir de ce constat qu’un travail de recherche sur la participation, a été envisagé. Ce travail a été réalisé aux seins de pensions de famille parisiennes, car dans ces lieux de vie se met en place une forme de cohabitation dans laquelle la participation des hébergées est nécessaire. En partant d’une expérience réussie au sein d’une pension de famille qui s’appuyant sur une forme d’organisation tirée d’expériences participatives passées, notre recherche s’est penchée sur ces lieux de vie afin de savoir si la participation des personnes était réellement au cœur des différents projets de pensions de famille parisiennes.

La participation : Au cœur du projet des pensions de famille ?

Introduction

Dans le contexte actuel de crise du logement, le « mal-logement » touche, notamment dans les grandes villes, une population de plus en plus précarisée et prive les personnes en grandes précarité de solutions pérennes. L’identification par les institutions de ces populations en tant que personnes exclues renforce cette situation, en leur accolant une étiquette figée agissant à la manière d’un stigmate alors que pour Serge Paugam l’exclusion « n’est pas une absence de rapport social, mais un ensemble de rapport sociaux particulier à la société prise comme un tout ». Les institutions rassemblent ainsi dans un groupe homogène, des personnes vivant des situations diverses ; lorsque nous approfondissons l’étude des situations individuelles, il apparaît que celles-ci ont souvent peu de chose en commun, et donc que le groupe ainsi formé est plutôt hétérogène. En effet, ces personnes dites « désaffiliés », n’ont souvent en commun que le fait de partager un même manque, on définit donc ainsi un groupe sur une base uniquement négative comme nous le montre R. Castel. Simmel ajoute que c’est surtout le fait de bénéficier de certaines formes d’assistance qui définira l’appartenance à ce groupe et donc que la situation de pauvreté renvoi à une construction sociale assistée. Cette désaffiliation est pour Paugam « l’aboutissement d’un processus dynamique » dû, en partie, à l’éloignement du monde du travail et au délitement des liens familiaux. Selon S. Paugam et F. Shultheis, on retrouve ce processus arbitraire d’homogénéisation des populations par les institutions dans de nombreux pays européen.

Il apparaît donc comme nécessaire de faciliter l’accès à l’habitat des personnes en grandes précarité par deux biais, soit directement par le projet un « chez soi d’abord » comme le désigne la Fondation Abbé Pierre (FAP), ou bien en passant par un habitat collectif. L’implication des personnes hébergées dans la vie du lieu est un des enjeux majeurs lorsqu’il s’agit de les intégrer dans un lieu de vie collectif. Le concept de participation des personnes nous apparaît comme étant un outil efficace et essentiel dans ce type de situation. Inscrit dans de nombreuses lois sociales, son utilisation reste marginale et le nombre de structure mettant en œuvre cette notion est aujourd’hui très faible. La question est donc de savoir pourquoi ces institutions n’ont pas su s’approprier le concept ? Cette situation résulte-elle d’une volonté des professionnels ? D’un manque de moyen ? Où de la configuration des locaux qui sont souvent inadaptés ?

Contexte

Le point de départ de ce travail de recherche autour de la notion de participation dans les structures d’hébergements vient d’une réflexion sur la mise en place de la participation collective au sein d’une pension de famille (maison relais). J’ai été amené à découvrir et comprendre les différents aspects et éléments de la mise en place d’une participation au sein de lieux d’hébergements à partir d’expériences professionnelles dans trois établissements. Un centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) pilote dans lequel il n’y avait pas d’horaires imposés, un règlement de fonctionnement léger et un conseil de maison auquel les résidents participaient de façon hebdomadaire ayant ainsi un droit de regard sur la vie du lieu. Un squat « ouvert » dans lequel l’hétérogénéité des habitants participait pleinement à la vie du lieu en faisant une expérience enrichissante. Et enfin, cette pension de famille, dans laquelle, en tant qu’éducateur, j’ai eu la liberté de mettre en place une organisation participative proche de ce que j’ai découvert dans les deux lieux précédents. Ces expériences et mes recherches à propos de la notion de participation m’ont amené à réfléchir sur la possibilité de mettre en place, de manière efficiente, une pratique basée sur cette notion au sein d’une pension de famille (maisons relais) alors que les résultats des enquêtes s’étant penchée sur le sujet ont eu des résultats plutôt négatifs. Il suffit pour s’en convaincre de consulter les nombreux rapports de l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ANESM) ou le rapport rédigé par Marcel Jaeger en 2015. Leurs conclusions sont identiques : la participation ne fonctionne que partiellement, les professionnels gardent toujours un certain « pouvoir » sur les personnes accueillis. Claire Jouffray, formatrice à l’ Association nationale pour le développement de l’approche développement du pouvoir d’agir (Anda-Dpa), constate que « la question de la participation des personnes est souvent abordées entre « experts », pour dire que cela marchait mal, alors que les premiers concernés ne sont pas présents », Brigitte Bouquet ne dit pas autre chose : « il est temps que les choses avancent, que nous laissions enfin parler les personnes qui n’en peuvent plus de ne pas être écoutées sur des questions qui les concernent »[1]. Ces constats sont basés sur l’étude de structures autres que les pensions de famille. Il est alors intéressant de se pencher sur ces structures particulières, alors que la participation est inscrite dans les projets même des pensions de famille, qu’en est-il effectivement ? Le but de notre travail de recherche sera donc de vérifier si la participation collective est bien mise en place au sein de ces lieux de vie. Et lorsque ce n’était pas le cas, nous cherchions à comparer les résultats obtenus sans mise en place de la participation collective, donc dans une perspective plus classique, avec ceux obtenus dans la pension de famille Parisienne dans laquelle j’ai mis en place une participation des hébergés.

Eléments de la participation

Dès l’ouverture de la pension de famille étudiée, les résidents ont été acteurs du projet. Les 20 résidents (trois couples, six femmes et huit hommes célibataires) de la pension sont arrivés dès le premier mois. Après avoir laissé les résidents s’installer et acquérir quelques repères dans les espaces collectifs de la pension, nous leur avons rappelé notre volonté de leur faire prendre part pleinement à la vie du lieu et une réunion hebdomadaire a été mise en place. Cette envie de faire participer les résidents dès leur accueil. Il leur avait alors été expliqué qu’au sein de la pension leur avis serait pris en compte, que chaque décision impliquant le collectif se serait prise qu’à la majorité de pensionnaires. Nous nous étions alors imposé la mise en place de certains éléments de participation.

  • Les conseils de maison : Les conseils de maison sont différents des Conseils de la Vie Sociale (CVS), qui requière pour leur part la présence d’un représentant du personnel, de l’organisme gestionnaire et des résidents, ils sont mis en place pour permettre une meilleure participation des habitants et un bon fonctionnement de la maison. Ces réunions doivent permettre de redonner à chacun une certaine confiance en soi, car l’avis des résidents est pris en compte, ils se sentent écouté. Ce type de réunion n’est pas obligatoire, c’est au bon vouloir de l’hébergé d’y participer ou pas. Concernant la pension de famille étudié, le conseil de maison avait lieu toutes les semaines, cela a permis à une majorité de résidents de pouvoir s’exprimer. En moyenne sur les 20 habitants, entre 12 et 14 personnes étaient présentes à chaque réunion.
  • Aménagement des espaces collectifs : Un autre aspect qui semble important dans la bonne marche de la participation est la disposition et l’aménagement des lieux. La plupart des personnes qui ont vécu longtemps à la rue ou dans des conditions d’hébergement difficiles ont tendance à ne pas beaucoup sortir de leur studio ou de leur chambre durant les premiers temps passés dans une structure. L’aménagement d’un espace collectif amènerait donc les hébergés à se retrouver et à mieux se connaître. Concernant la pension de famille, les espaces collectifs étaient bien placés, car ils se situaient sur le chemin menant aux appartements et certains afin de mieux s’approprier des lieux avaient apporté des objets personnels.
  • La temporalité : La question du temps et des temporalités constitue un autre élément de la participation. Avec une durée d’hébergement sans limitation dans le temps, les personnes peuvent investir, à leur rythme, un lieu sécurisant. Certaines d’entre-elles seraient en capacité de se restaurer physiquement, de mobiliser leurs ressources pour se réinscrire dans la perspective d’un projet. C’est pourquoi aucune limite dans la durée d’occupation du lieu ne peut être fixée. « Cette modalité d’intervention apparaît d’autant plus indispensable que le moment du renouvellement du contrat d’occupation (contrat de séjour) est très souvent source d’anxiété et d’angoisse pour les personnes et perturbe ainsi leur désir de se poser »[2].
  • Tâches collectives ; Un autre point récurrent est la participation aux tâches ménagères, son organisation se matérialise par la mise en place d’un planning. Ceci vise à ce que chaque résident s’investisse dans la vie de la structure, s’approprie les espaces collectifs et l’aide à intégrer que l’ensemble du lieu fait partie de son espace de vie, pas seulement son studio, que les espaces collectifs font partie de son environnement. L’idée de cette organisation est d’aider les personnes qui en ont besoins à réapprendre à vivre dans un lieu propre, afin de les amener à s’habituer à entretenir leur logement individuel. Il est à noter que de nombreuses pensions de famille préfèrent laisser cette tâche à une entreprise de service.
  • Souplesse du cadre : D’après nombreuses observations de terrain faites par des professionnels, les cadres trop rigides semblent conduire très souvent à renforcer les phénomènes d’exclusion auxquels sont confrontées les personnes en grande précarité. La réflexion porte donc sur les conditions d’accueil et les règles de fonctionnement qui se doivent d’être plus souples, ce qui ne signifient en aucune manière qu’elles n’existent pas : « le cadre est primordial (ne serait-ce que pour pouvoir le dépasser !), rassurant et structurant »[3]. La mise en place d’une charte avec listant règles essentielles de la vie collective, permet de les reprendre facilement avec les habitants lorsqu’il y a manquement au règlement semble être une des solutions.

Problématique

Dans ce travail de recherche nous nous baserons sur la notion de participation développée par M.H. Bacqué et surtout W. Ninacs qui l’aborde sous l’angle social et développe tout un travail à propos de l’empowerment individuel et communautaire. La notion de participation continue toujours, après de nombreuses expériences de terrain et des théorisations relativement anciennes, à influencer les textes de loi et apparaître dans les articles scientifiques. Comme le souligne Maryse Bresson dans une analyse sociologique de la participation, cette hypothèse est toujours présente, car elle permet de montrer que l’on réfléchit, histoire de se rassurer, à mettre en œuvre l’idéal démocratique, à faire en sorte que les gens « d’en bas » participent aux décisions qui les concernent. À la suite de nouvelles lois, des rapports sur le résultat d’une mise en place de la participation en institution ont été publiés. On peut citer, par exemple, le rapport du groupe de travail « sur la place des usagers » remis par Marcel Jaeger en 2015 ou le recueil des pratiques et témoignages des acteurs réalisé par l’ANESM sur la participation des usagers. Afin de ne pas reproduire le même type d’enquête, il nous était nécessaire d’aborder le terrain d’une manière différente et de trouver un angle qui n’avait pas encore été étudié ou très peu. Trouver un terrain sur lequel peu d’études ont été réalisées me semblait être un bon angle de recherche. Les pensions de famille constituaient donc le terrain idéal pour   ma recherche, j’avais déjà une connaissance des lieux et peu d’études s’étaient penchées sur le sujet. Un travail préparatoire me semblait toutefois nécessaire, des lectures sur le sujet et des entretiens exploratoires. Mes lectures exploratoires m’ont amené à m’intéresser à une méthode anglo-saxonne et reprise au Québec par William A. Ninacs qui m’a semblé pertinente comme point d’appui à mon travail

La lecture d’ouvrages tels que « Développer et réussir l’intervention d’intérêt collectif »[4] ou « Penser la participation en économie sociale et en action sociale »[5], m’ont permis de mieux cerner la notion de participation, ses implications et ses particularités, notamment l’importance de l’environnement qui permet sa mise en place au sein d’un établissement de vie collectif. Contrairement à ce que l’on peut retrouver en squat, où l’autogestion est généralement la règle, la personne qui se retrouve au sein d’un lieu tel qu’une pension de famille, ne cherche pas spontanément à prendre part à la vie collective, elle la redoute même  souvent, elle ne connait pas les autres individus et doit composer avec eux, mais la mise en place de la participation collective peut être acceptée par tous, même par une personne ayant longtemps vécu à la rue et qui est généralement solitaire dans sa vie quotidienne. La principale difficulté est l’acceptation par la personne d’être au cœur des décisions prises collectivement. Souvent, elle ne participe pas tout de suite aux prises de décision car elle ne réalise pas que l’on puisse l’écouter et accepter son avis. Il faut du temps pour retrouver la confiance en soi nécessaire à la participation aux prises de décision. L’étude plus approfondie de la notion de participation m’a aidé à mieux évaluer les appréhensions des personnes envers le principe de participation lors des entretiens réalisé pour mon enquête de terrain et j’ai ainsi pu adapter mes questions. Cette étude m’a amené à me poser plusieurs questions : Comment la participation peut-elle se mettre en place ? Comment une personne l’appréhende-t-elle ? Comment cette personne en vient-elle à adhérer au projet de participation collective ? Comment en vient-elle à comprendre que cette forme d’organisation collective peut l’aider à mieux gérer son espace personnel (studio) et sa relation aux autres ? Toutes ces questions me semblent importantes pour répondre à l’efficacité et la pertinence d’une organisation participative en pension de famille, mais elles ne sont pas suffisantes pour formuler un travail de recherche. Ce questionnement amène également à réfléchir à l’efficacité du dispositif des pensions de famille qui intègrent le plan « un logement d’abord », mais cette dernière réflexion, fondamentale dans l’étude du mal-logement est déjà un sujet en soi et mériterait une recherche spécifique.

Méthode

J’ai utilisé plusieurs méthodes pour établir celle qui serait appliquée à mon sujet d’analyse. Dans un premier temps, j’ai adopté une méthode proche de l’observation participante interne. Cette méthode qui est souvent pratiquée lors de la phase de recherche, correspond à la posture que j’ai adoptée durant la période d’observation de mon terrain professionnel, mais cette période d’observation étant issu directement de mes expériences passées sur le terrain, on ne peut la définir strictement comme une observation participante interne. Cette phase de recherche était le fruit direct de mon quotidien de travailleur social, ce qui me permettait de mieux comprendre et analyser mon travail. Le fait que j’ai été présent sur le terrain auprès des résidents de ces structures de façon régulière et durant une longue période m’a permis d’observer sur la durée leur attitude face à une organisation de type participative. Être un acteur de cette organisation a m’as permis de mieux comprendre les réactions des habitants de ces lieux face à certaines règles issues d’une approche visant la mise ne place de la participation collective. Ma collaboration auprès de professionnels du secteur et leurs observations m’ont également apporté un avis supplémentaire sur cette participation. Je suis bien conscient des risques de cette méthode. J.F. Lalonde dans son étude sur la participation observante (2013) explique que cette méthode peut avoir ses limites. Une trop grande implication du chercheur peut entraîner de sa part une forte subjectivité qui peut nuire aux résultats de son enquête et rendre délicate la généralisation des résultats. Cette « observation » a été un point d’appui pour mieux préparer mon guide d’entretien, car faute de temps, je n’ai pu, en amont, observer visuellement le quotidien de certains lieux. L’observation indirecte par le biais d’entretiens semi-directifs[6] m’a permis de récolter la parole des différents acteurs de ces lieux de vie. Le choix de cette méthode m’a paru évident, les questions n’étant pas complètement ouvertes et ne contenant pas de nombreuses questions précises, l’interviewé parle plus facilement, il ne se sent pas bloqué par une question et il y a possibilité de ne pas poser les questions dans le même ordre à chaque fois qui rend l’entretien plus dynamique. Par contre, le chercheur doit constamment garder à l’esprit qu’il lui incombe de recentrer l’entretien. Quelques différences notables apparaissent entre les entretiens réalisés auprès des professionnels et ceux faits auprès des résidents. Les questions posées aux professionnels ont été un peu plus précises et à chaque fois identiques afin de faciliter le regroupement par sous-thèmes des réponses obtenues. En ce qui concerne les résidents, les questions, même si elles abordaient les mêmes thèmes, ont été adaptées en fonction des réponses, ce qui a permis de laisser plus facilement la personne s’exprimer et d’obtenir des réponses en lien avec la participation. L’autre différence réside dans les questions autour de l’empowerment. Cette méthode n’étant pas encore bien développée en France, comme le souligne M.H. Bacqué, je n’ai posé de question sur ce sujet qu’aux professionnels, seul le mot participation a été utilisé pour les entretiens avec les résidents.

Interviewer les principaux acteurs (professionnels de terrain et résidents) me semblait une démarche logique afin d’obtenir des réponses concernant la participation en pension de famille, mais j’ai aussi pris l’option d’interviewer des cadres d’associations importantes dans le secteur de l’hébergement et soutenant un nombre conséquent de pensions de famille. Ceci, afin de connaître la philosophie et la réflexion qu’ils pouvaient développer sur ces formes d’habitat. Là aussi, j’ai opté pour des entretiens semi-directif, j’ai pu ainsi adapter mes questions aux réponses que les cadres associatifs ont pu apporter.

Accès au terrain

J’ai mené des entretiens avec six résidents de pensions de famille, une conseillère en économie sociale et familiale, une assistante sociale, deux éducateurs spécialisés dont une fait fonction d’animatrice, deux chefs de service, le premier ayant trois pensions sous sa responsabilité et le second le six, une directrice et trois cadres associatifs. Afin de garder une cohérence j’ai commencé mes entretiens avec les professionnels des pensions de famille. L’idée d’interroger un grand nombre de professionnels, de l’hôte de pension de famille jusqu’au responsable associatif, avait pour but d’entendre tous les niveaux hiérarchiques de ces établissements

Le premier entretien a été réalisé avec le responsable des pensions de famille et des boutiques solidaires de la FAP, que j’avais déjà rencontré quelques années auparavant. Ce que je recherchais avec cet entretien, c’est plus une vision d’ensemble de l’univers des pensions de famille et la vision de la FAP, à ce sujet, je n’ai pas utilisé mon questionnaire lors de cet entretien.

Après avoir récolté des informations sur les pensions de famille, je devais établir le nombre de lieux à visiter, le nombre de professionnels à rencontrer et le nombre de résidents à interviewer. Pour garder une cohérence dans mon objet de recherche, j’ai décidé d’aller à la rencontre de pensions de famille parisiennes uniquement. Cela m’a permis de constater que la plupart des pensions de famille de la capitale étaient gérées par quatre grandes associations. Le guide des pensions de famille d’Ile-de-France m’a permis de choisir pour mes recherches, des pensions de famille sous l’égide de chacune de ces quatre associations.

L’idée était de mener les entretiens sur le lieu de travail des personnes interviewée afin d’avoir ainsi l’opportunité de visiter les lieux et peut être de croiser des résidents et d’obtenir des entretiens. Observer l’agencement des espaces collectifs me semblait également important, car lors de mes précédentes expériences professionnelles j’ai pu constater qu’il s’agissait d’un aspect essentiel de la mise en œuvre d’une organisation collective.

Lieux d’enquête

L’organisation et l’agencement des espaces collectifs des pensions de famille font partie, au même titre que l’accompagnement social, de cet ensemble qui doit aider la personne, par la participation, à retrouver une certaine autonomie dans sa vie quotidienne. Ces lieux de vie ont été créés pour sortir de cette politique d’hébergement qui accueille des personnes au sein d’établissement de plus de 100 personnes. La pension de famille, par sa taille plus humaine, doit permettre à la personne de recréer plus facilement du lien. Lors de mes visites, j’ai justement observé comment chaque lieu s’était organisé pour faciliter la circulation et les rencontres entre les habitants. L’analyse des lieux de vie à portée sur quatre pensions de famille visitées lors de mes entretiens, trois que j’avais en amont de ces entretiens, une qui avait été mon lieu de travail et huit que j’ai visité pendant que j’exerçais en tant qu’éducateur en pension de famille. Elles se situaient toutes sur Paris sauf une à Montreuil.

Observation des lieux

La première observation montre que chaque pension à son propre agencement. L’aménagement des espaces est généralement réalisé en fonction de l’architecture du bâtiment, la plupart des pensions de famille logeant dans des immeubles ayant été réhabilités, leur aménagement doit s’adapter à des espaces préexistants. Un bon exemple de l’importance de l’aménagement des lieux de vie collectif est la salle commune qui est normalement le lieu où les résidents sont censés se retrouver, on peut s’aperçoit rapidement que, selon sa disposition, elle est plus ou moins fréquentée par les pensionnaires. Sur l’ensemble des pensions de famille que j’ai pu visiter, une quinzaine environ, les salles communes qui se trouvaient un peu à l’écart (sous-sol, dernier étage du bâtiment…) avaient très peu de fréquentations. Celles qui se trouvaient sur ou proches du passage des résidents avaient une fréquentation plus importante. J’ai pris compte de ces remarques, car, pour les travailleurs sociaux, la fréquentation de cet espace avait un impact important sur le travail participatif. Chaque professionnel en arrive au même constat, on arrive plus facilement à mettre en place une participation des résidents si la salle commune est fréquentée régulièrement. L’éducateur d’une des pensions où la salle commune se situait au sous-sol me disait que les seuls moments lors desquels les pensionnaires étaient présents, c’était au moment des petits déjeuners et des repas organisés par lui-même. Il est à noter que lors de mes visites qui ont eu lieu durant la journée, je n’ai croisé des résidents dans les salles communes que sur une seule pension. La fréquentation la plus importante, selon les professionnels, se retrouvait dans des pensions de famille où la salle commune était située sur le passage des résidents, entre la porte d’entrée du lieu et leur studio. Ils ont aussi fait le constat que les résidents utilisaient cette pièce même en dehors des activités ou des repas mis en place par les travailleurs sociaux et qu’ils se faisaient plus facilement l’idée que leur lieu de vie ne se limite pas à leur studio, mais que les parties communes de la pension de famille en faisaient aussi partie.

La présence des professionnels sur les lieux est une autre donnée importante, Ils travaillent tous en binômes, leur présence leurs horaires sont les suivants : de 9 h à 18 h du lundi au vendredi. Certains sont présent pour quelques soirées, mais la plupart ne travaillent pas après 18 h. A propos de cette absence des professionnels en soirée, certains m’ont dit penser que le travail est aussi important en soirée, car c’est le seul moment durant lequel tous les résidents sont présents dans la pension de famille et il est plus facile dans ce moment de les faire venir dans le salon.

Dans la majorité des pensions, nous retrouvons le même type de mobilier dans les salles communes (un grand canapé, deux fauteuils, une grande table…). Généralement, le mobilier est neuf, sauf dans deux pensions où, selon les travailleurs sociaux, ce sont les résidents qui pour se sentir un peu plus chez eux ont apporté quelques meubles ou objets, pour ne pas « se croire à l’hôpital ».

Conclusion

A la vue des résultats de la recherche, les travailleurs sociaux en pensions de famille semblent prêts à accompagner les résidents vers une plus grande participation à la vie de la pension, mais certaines obligations les empêchent d’agir correctement. Par exemple, l’accompagnement individuel qui a pris ces derniers temps beaucoup de place dans l’emploi du temps des salariés, surtout depuis que les pensions de famille accueillent de plus en plus de personnes souffrant de troubles psychiques. Il a aussi été constaté que les salles communes, lieu de rencontre des résidents et outil indispensable à la participation, ne sont pas utilisées par les résidents en dehors des temps proposés par les professionnels.  L’architecture des lieux (salle commune au sous-sol ou au dernier étage) et la fermeture des espaces communs au départ du professionnel (vers 18h en moyenne), semblent être des freins à l’utilisation de ces espaces. Des initiatives de responsables, tel que faire en sorte que les clefs des résidents puissent aussi ouvrir les espaces communs pour qu’ils aient un accès complet sont intéressantes mais restent marginales. Les responsables pensent, pour la plupart, que l’organisation mise en place sur chaque pension de leur association suffit pour travailler l’autonomie, l’estime de soi, la bientraitance et la participation des résidents en les incitant, par exemple, à participer à la vie de la pension, par la mise en place de moments collectifs, et permettre ainsi développer leurs compétences ou d’améliorer leur estime de soi. Mais au regard des résultats constatée, cinq ou six résidents sur une moyenne de vingt-huit résidents participent à ces moments, il est difficile d’estimer l’efficacité de ces actions.

Concernant l’implication des professionnels, l’enquête montre qu’ils manquent de confiance envers les résidents pour les impliquer plus en avant dans l’organisation quotidienne de la pension de famille. Pour eux les conflits et le besoin des résidents d’être seuls chez eux empêchent cette collaboration. De plus, la plupart des résidents se satisfont de cette organisation, ils ne semblent pas être intéressés par une plus grande implication dans la vie des lieux. Seul un professionnel se mobilisant particulièrement afin de développer une participation des résidents plus conséquente trouve qu’une pension de famille devrait laisser les résidents s’occuper du fonctionnement quotidien de celle-ci, selon lui, les professionnels ne devraient pratiquement s’occuper que des problèmes techniques.

Dans cette recherche nous nous devions d’aborder une question importante, la notion de pouvoir d’agir que l’on retrouve également sous le terme d’empowerment. A ne pas confondre avec la définition du pouvoir décrite dans l’analyse stratégique de Crozier et Friedberg (« l’acteur et le système »). Le développement du pouvoir d’agir des résidents doit être la finalité du travail autour de l’empowerment. Les professionnels de la plupart des associations semblent avoir l’envie et le désir d’amener le résident à développer ce pouvoir d’agir, un frein important à ce développement serait selon-eux, la difficulté des résidents à changer de posture. Cette difficulté viendrait d’années de fréquentation de structures d’hébergements dans lesquelles peu de place est laissée à l’autonomie des pensionnaires. Les personnes ayant trop l’habitude d’être accompagné pour changer de façon d’agir, ils sont dans la difficulté à agir de manière plus autonome. La plupart des résidents ne semblent pas envisager l’organisation participative des pensions de famille comme un outil pour améliorer leur autonomie et donc leur bien-être.

Les éléments récoltés au cours de ma recherche ne permettent pas de faire une analyse en profondeur de l’utilisation de l’empowerment en pension de famille, mais ils donnent une certaine idée de son utilisation, car, au gré de mes observations, j’ai pu remarquer que la plupart des pensions de famille ont un fonctionnement et une organisation similaire : nombre restreint d’habitants, espaces communs à la disposition des résidents, mise en place d’ateliers, de sorties et des conseils de maison tous les deux mois environ.

Pour ce qui est des résultats à propos de la participation et malgré les guides de bonnes pratiques de l’ANESM mis à la disposition des associations, les résultats semblent assez concordants avec les précédentes études sur le sujet. L’implication des résidents est assez faible et la volonté des professionnels de laisser plus de possibilité aux résidents de s’impliquer dans la vie de la pension n’est pas encore très présente. Pourtant le but de l’ouverture de pensions de famille était bien d’amener la personne à développer son sens de la citoyenneté. Cela devrait l’emmener vers une participation de plein droit à tout ce que la communauté peut lui offrir. Cette approche, comme il a été décrit au cours de cette recherche, n’est pas utilisée par les associations qui gèrent des pensions de famille. Le constat semble être dû à un manque de connaissances pratiques, mais certaines associations travaillent justement à mettre en avant des approches sur le développement du pouvoir d’agir dans leurs pratiques.

La question qui se pose alors est donc de savoir si la problématique de la recherche a pu apporter un regard pertinent à propos de la participation en pension de famille. Les résultats de nos recherches semblent identiques à ceux contenus dans les rapports réalisés sur l’évaluation du niveau de la participation au sein des établissements sociaux et médico-sociaux, mais à la différence de ces rapports, notre enquête a également porté sur la thématique de l’empowerment. Il me semble que ce questionnement nous a permis de développer un regard nouveau à propos des méthodes d’accompagnement fondée sur l’idée de participation des résidents. A ma connaissance, il n’existe pas d’autres travaux de recherche sur ce sujet. Le fait d’interviewer diverses personnes qui participent d’une manière ou d’une autre à la vie des pensions de famille m’a permis d’élargir mon regard sur le sujet. Le choix de visiter des lieux dépendants de différentes associations, m’a donné l’occasion de connaître l’organisation d’un plus grand nombre de pensions de famille. Peut-être, afin d’avoir un éclairage plus conséquent sur la présence des méthodes de l’empowerment aurait-il fallu être plus précis dans mes questions, de parler plus directement de la manière de procéder pour développer cet accompagnement, cela m’aurait peut-être aidé à mieux comprendre si cette approche est adaptée aux pensions de famille.  Ce qui est certain c’est que cette recherche m’a permis de mieux comprendre la notion d’empowerment et de maîtriser son utilisation.

En conclusion, il nous apparaît que la différence entre la participation qui peut se définir comme « prendre part à » et l’empowerment qui désigne le « processus d’acquisition d’un pouvoir » nous permet de comprendre une certaine réticence des professionnels à travailler selon les méthodes de l’empowerment. Un des aspects importants qui a pu être relevé au cours de la recherche est qu’il est plus facile de mettre en place une pratique basé sur l’empowerment des résidents lorsque celle-ci est appliquée dès l’ouverture d’une pension de famille. Certains travailleurs sociaux ont remarqué la difficulté à mettre en œuvre de telles pratiques quand ils arrivaient dans une pension ouverte depuis quelque temps dans laquelle un projet social est déjà mis en place.

Pour qu’une personne sorte de l’appauvrissement ou comme le nomme Robert Castel de la zone de désaffiliation, il faut favoriser le développement de sa capacité à faire des choix et à prendre des décisions. A la vue des expériences passées, de mes lectures sur l’empowerment et des résultats de cette recherche, la mise en place d’une forme de participation pleine en pension de famille me semble réalisable. Quelques conditions sont cependant nécessaires : mettre en œuvre la méthode d’empowerment dès l’ouverture d’une pension de famille ce qui devrait permettre d’impliquer les résidents dès le début, faire confiance en laissant les parties collectives ouvertes ce qui doit amener les résidents à considérer ces espaces comme faisant partie de chez eux tout autant que leur studio, la mise en place de conseils de maison toutes les semaines ou tous les quinze jours ce qui devrait aider à ce que les résidents s’impliquent dans la vie et prennent part aux décisions importantes de la pension de famille,  ce qui permet de les amener à développer leur conscience critique, aspect essentiel pour que le résident retrouve sa citoyenneté. Si les associations dans leur projet de pension de famille ne font pas plus confiance aux résidents, que les travailleurs sociaux ne changent d’approche, et que les résidents ne comprennent pas mieux le fonctionnement participatif des pensions de famille, la mise en place de la méthode d’empowerment de W. Ninacs semble compliquée.

Il est peut-être également possible de s’inspirer des pratiques autogestionnaires dans lesquels toutes les décisions sont prises en commun et où il existe un dialogue permanent, alors nous pourrions peut-être observer une acquisition du pouvoir d’agir des personnes. Les détracteurs diront, comme j’ai pu l’entendre, que des personnes fragiles psychologiquement ou ayant de trop fortes addictions ne pourront suivre cette forme d’organisation. C’est là que les pratiques professionnelles doivent changer, les associations et plus directement les travailleurs sociaux doivent accepter d’instaurer une relation plus horizontale avec la personne hébergée, faire en sorte que toutes les décisions concernant la vie de la pension de famille soient prises de manière collégiale. Il est peut-être temps pour les professionnels d’avoir un nouveau regard sur leurs méthodes d’accompagnements et de prendre plus de risques en acceptant de travailler en collaboration avec les habitants des pensions de famille. Plutôt que de confier la gestion de ces établissements à de grosses associations, qui en n’ayant qu’un seul projet social pour toute leurs pensions de famille, prennent un minimum de risque, ne serait-ce pas une bonne idée de confier ces projets à des petites associations ? Cela permettrait surement plus facilement à des projets innovants d’être mis en œuvre et ainsi les travaux de recherches auraient plus d’éléments pour analyser la participation en pension de famille.

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BIBLIOGRAPHIE

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  • Fondation Abbé Pierre « sortir du mal logement, c’est possible » ED de l’avenir 2017
  • Freire Paolo « Pédagogie des opprimés », Maspero 1974
  • Laville Jean louis « L’économie sociale et solidaire » Ed du seuil, 2016 
  • Lôchen Valerie « comprendre les politiques sociales », Ed Dunot 2013
  • Ninacs William « Empowerment et intervention, développement de la capacité d’agir et de la solidarité » Ed les presses de l’université Laval, 2008

Revues :

  • Actualités sociales hebdomadaires (ASH) « participation des usagers : une révolution qui tarde » n° 2972, août 2016
  • Aitec (association internationale de techniciens, experts et chercheurs) « Europe : pas sans toit ! Le logement en question » passerelle dph 01 2008
  • Appay Bernard « Précarisation et citoyenneté » cahier du Gedist 1998
  • Brigitte Bouquet et Marcel Jaeger, « De la participation au pouvoir d’agir » Vie sociale N°19 ed ères, 2017
  • Fondation Abbé Pierre « L’état du mal-logement en France, 21e rapport » 2016
  • Les cahiers du logement Fondation Abbé Pierre « L’accès à l’habitat des personnes SDF en situation de grande précarité » fév. 2013
  • Lien Social « Les mille et une conditions de l’hébergement inconditionnel » nov.2013
  • Socio-logos « La participation un concept constamment réinventé » 2014

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Articles :

  • ANESM « Expression et participation des usagers des usagers relevant du secteur de l’inclusion sociale », 2012
  • ANESM « La participation des usagers au fonctionnement des établissements et services sociaux et médico-sociaux », 2014
  • ANESM « Concilier vie en collectivité et personnalisation de l’accueil et de l’accompagnement » nov. 2009
  • Boudjmai Yousef « La participation collective des usagers : ordre normatif ou processus démocratique ? »
  • Dallaire Nicole « Comment se porte la conscience critique dans les pratiques de l’empowerment des travailleurs sociaux », Intervention n°136
  • Jaeger Marcel « la citoyenneté, au-delà du droit des usagers » Marcel Jaeger
  • Jaeger Marcel « Groupe de travail, place des usagers », Etat généraux du travail social, 2015
  • Le Bossé Yann « L’approche centrée sur le développement du pouvoir d’agir : une alternative crédible ? », ANNAS, 2007
  • Le Bossé Yann « L’approche centrée sur le développement du pouvoir d’agir : Aperçu de ses fondements et de son application », revue canadienne de counseling, 2002
  • Ninacs Williams « Empowerment et service social », Valeurs pratiques, action sociale, numéro 1 1995
  • Ninacs Williams « Empowerment, cadre conceptuel et outil d’évaluation de l’intervention sociale et communautaire » Williams Ninacs, la clef, coopérative de consultation en développement », 2003
  • Nouvelles pratiques sociales, « Développer le pouvoir d’agir des personnes et des collectivités » volume 21, N°2, 2009
  • Vie sociale et traitements « Se sentir chez soi en institution ? » n°103 p 36-39 2009
  • Vie sociale et traitements « De l’individu au collectif » n°103p3-4 2009

Annexe


[1]                     Actualités Sociales Hebdomadaires « Participation des usagers : une révolte qui tarde » N°2972, 2016

[2]                     Dossier de la FAP « Accès à l’habitat des personnes SDF » février 2013

[3]                     Dossier de la FAP « Accès à l’habitat des personnes SDF » février 2013

[4]                     C.S.T.S. « Développer et réussir l’intervention d’intérêt collectif » Ed presses de l’EHESP, 2010

[5]                     Bouquet Brigitte, Jaeger Marcel « Penser la participation en économie sociale et en action sociale » Ed Dunnot, 2009

[6]                     L.Van Campehoudt, J. Marquet, R Quivy, « Manuel de recherche en sciences sociales » Dunot, 2017

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